• Véronique

Le rituel du pèse-personne



Ayant récemment suggéré à une personne, qui était en pleine déprime parce que son pèse-personne annonçait 200 grammes de plus le matin même, de jeter cet ustensile, je me suis vu opposer un non catégorique.

Je peux comprendre cette réponse et comme je lui ai répondu, je la respecte. Néanmoins, cela m’a rappelé un passage d’un livre de la canadienne Guylaine Guevremont, intitulé « Mangez ! » et dont je me permets de retranscrire ici un passage. Bonne lecture et bonne réflexion.

« Il y a des millions de personnes dans le monde qui, tout comme l’héroïne des romans de Helen Fielding, se pèsent tous les matins pour savoir si elles ont raison d’être de bonne humeur, ou si, au contraire, elles viennent encore de perdre une journée dans la grande lutte de leur vie contre les kilos et les calories.

Vous reconnaissez-vous ?

Le rituel de la Bridget Jones est typique. Avez-vous le même ? Vous vous levez le matin et allez tout de suite ) la toilette afin d’être le plus léger possible pour la pesée. Puis, vous enlevez tous vos vêtements. Vous montez sur le pèse-personne et vous attendez. Vous y montez une seconde fois, pour confirmer la première.

Parfois, le résultat ne vous plait pas, ou, au contraire, il vous surprend positivement. Mais vous vérifiez malgré tout si l’aiguille est partie du bon point de départ. Vous jouez un peu avec la roulette pour ajuster le tout. Vous y remontez. Vous espérez... Vous enlevez vos boucles d’oreilles, vos bagues...

« Je me suis pesée de toutes les façons, raconte Nathalie. Toute nue, avec mes chaussettes, avec ou sans ma montre, après ou avant d’avoir fait pipi... »

Si vous avez perdu du poids, c’est le bonheur.

Si vous en avez pris, vous avez le moral à terre. Vous vous trouvez nul. Vous êtes découragé. Et vous repartez, plus ou moins motivé, pour une autre journée remplie d’objectifs personnels, familiaux, professionnels...

Et sur la quantité de choses à faire dans la journée, vous ne manquez jamais d’inscrire dans votre tête, tout en haut de la liste : perdre du poids.

Et c’est ainsi jour après jour, après jour, après jour...

Si vous vous reconnaissez, il y a de bonnes chances que le matin, vous arriviez dans la cuisine pour le petit-déjeuner, décidé à manger le moins de calories possible. Vous choisirez, disons, du pain fibreux à souhait, garni de fromage écrémé. Un fruit pourra accompagner le tout, ainsi qu’un café avec du faux sucre et du lait 0 %.

Une tranche de pain de campagne avec du beurre et de la confiture d’abricot ? Une crêpe avec du sirop d’érable ? Non ! Interdit. La guerre contre les calories ne tolère pas de tels aliments. Et puis, vous vous sentez mieux, mentalement surtout, quand vous mangez des céréales multigrains sans sucre ou un morceau de fromage ) 0 % de matières grasses sur des galettes de riz. Vous vous sentez gagnant. Vous êtes persuadé d’avoir pris le contrôle de la situation !

Si vous êtes comme notre personnage, un adepte du pèse- personne, vous vous dites que manger « léger », c’est manger « santé » et que c’est LA bonne façon de se nourrir en ce millénaire. Vous êtes peut-être même convaincu que ça goûte meilleur.

Et tous ceux qui mangent autrement, direz-vous, ne peuvent qu’être en direction d’une prise de poids, voire de l’obésité, des maladies cardiovasculaires, du cancer du côlon et combien d’autres maux. Les minces naturels qui mangent tout ce qu’ils veulent ? Ça ne peut qu’être des anomalies de la nature, des exceptions. Surtout pas des modèles à suivre.

Pour les gens qui suivent une « discipline » alimentaire rigoureuse, il est difficile d’imaginer qu’on puisse abandonner cette voie très stricte tout en continuant à manger fruits et légumes et autres produits dits sains... Il est difficile d’imaginer que, laissé en totale liberté, un individu puisse se nourrir par choix de salades et de poisson. En d’autres mots, pour les gens qui s’infligent des restrictions permanentes, ces contraintes sont essentielles pour baliser l’alimentation.

Les personnes du type Bridget Jones sont donc convaincues d’être sur la bonne voie et se disent que tout ce qui leur manque, dans le fond, c’est un peu de volonté et de rigueur pour respecter le plan.

A midi, le rituel sera donc semblable. Au restaurant, les Bridget Jones choisiront le plat le moins riche. Avec de la salade plutôt que des pâtes, et la vinaigrette à côté, s’il vous plaît. Et elles se diront que les légumes verts, même s’ils sont trois fois trop cuits, sont absolument meilleurs au goût que le riz sauté ou du pain avec du beurre.

« Avec mes amies, nous allions toujours dîner au même casse- croûte, raconte Nathalie. Et le monsieur derrière le comptoir nous reconnaissait et nous lançait à la blague : “Pas de patates, pas de riz, pas de pâtes.” Mais parfois, il nous mettait tout de même du pain dans notre assiette. Et nous criions comme des folles : “Non, non, non, pas de pain !” »

Vous vous reconnaissez ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul !

Lancés à corps perdu dans la croisade anti gras, anti calories, anti- hydrates de carbone et tutti quanti, plusieurs vivent une vie de perpétuel régime. La nourriture y est une tentation continue, un plaisir qui tend des embuscades constantes sur le chemin de la minceur. Selon le régime choisi, le gras, les glucides ou certaines combinaisons alimentaires deviennent des choses monstrueuses, viles. C’est la guerre...

Si on poursuit le déroulement de la journée typique de notre personnage qui veut perdre du poids ou qui se « surveille », on peut ajouter quelque part une petite séance d’exercice, dont le but ne sera pas de s’amuser, mais bien de brûler des calories. « C’était complètement fou. Mon entraineuse me faisait faire 35 minutes de cardio, une heure de musculation. Et mon poids ne changeait pas. Mais comme je faisais plein d’exercice, je me disais qu’après, je pouvais manger. Et évidemment, je le constate aujourd’hui, je mangeais plus qu’à ma faim », raconte Louise.

Cette séance donnera peut-être la « permission » à notre Bridget Jones de prendre une collation en après-midi. Mais si vous êtes comme elle, vous hésiterez. Vous vous direz qu’il ne faut pas manger entre les repas quand on veut maigrir. Rien d’étonnant alors que vous vous retrouviez complètement exténué à 17 h au moment d’aller chercher les enfants à la garderie ou de rejoindre un ami pour une activité ... [-]

Rien d’étonnant non plus, qu’en arrivant affamé à la maison après vous être privé durant toute la journée, vous vous jetiez sur la nourriture. Parfois, ce sera inconsciemment, en grignotant continuellement, par exemple, pendant la préparation du repas. Ou alors, ce sera consciemment, mais avec une tonne de culpabilité. Vous engloutirez un sac de chips qu’une autre personne aura entamé, fâché, en silence, qu’on ait fait entrer dans la maison ce genre d’aliment. Ou encore, vous mangerez, debout, un plat directement sorti du frigo, même pas réchauffé, même pas servi dans une assiette... Et après, bonjour la culpabilité !

Le soir, devant la télévision, la tentation vient toujours assaillir les Bridget Jones de ce monde et leur fait manger du chocolat, des biscuits, la fin d’un gâteau laissé sur le comptoir... Et chaque fois, la soirée se termine sur un sentiment de lassitude. La guerre est perdue. Elles se sentent comme d’éternelles perdantes. Elles se disent que tout est à recommencer et elles vont se coucher la mine basse, à peine allumées par la possibilité qu’un jour, elles finiront par gagner.

#regardsursoi #régime

     

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